Inondations et ruptures de barrages hydrauliques

1. Généralités

Les inondations surviennent en principe à la suite d'intempéries (p. ex : tempêtes, cyclones, tornades ou orages ; pluies fortes ou persistantes), en raison de la fonte des neiges et des glaces, voire écoulement subit de poches d'eau. Ces événements entraînent des crues dans le lit majeur des rivières ou l'accumulation des eaux de ruissellement, de résurgence ou de fonte dans les zones basses situées de part et d'autre des cours d'eau et en aval des fleuves. En zone montagneuse, les mouvements de terrains (séisme, éboulements) et avalanches peuvent entraîner le débordement ou la rupture des barrages hydrauliques ou provoquer des retenues instables à certains endroits des cours d'eau, et de ce fait menacer ou détruire la population et l'infrastructure sises dans la partie inférieure des vallées.
Les ruptures ou débordements des barrages hydrauliques, de même que les vagues sismiques (tsunamis/raz de marée) constituent des cas spéciaux appelant des mesures de protection parti-culières.
Selon la nature des phénomènes qui sont à l'origine des inondations, les effets dommageables peuvent être très variables et toucher des régions entières ou se limiter à certains secteurs relativement restreints. En outre l'impact variera avec le caractère subit et violent de l'événement, ou alors en raison de la montée régulière et relativement lente des eaux, qui inonderont alors une vaste surface du territoire, spécialement dans les plaines avoisinant les fleuves et leur embouchure.
Le danger est logiquement le plus élevé dans les zones montagneuses ou dans les vallées à forte dénivellation, où les dépressions seront totalement rasées ou momentanément noyées, puis recouvertes de matériaux de charriage (roches, sables, graviers, etc.); il en résultera la destruction ou l'enlisement de tout ou partie des habitations, de l'infrastructure économique et des installations d'importance vitale (réseau énergétique, des transmissions et d'eau potable). Il en va de même lors de pluies diluviennes (orages) s'abattant dans les régions arides et les déserts, où l'eau ne peut s'infiltrer dans le sol imperméable et s'écoule en surface, selon le relief, en détruisant les habitations et les localités sur de très grandes distances.
Mais tous les types d'inondations auront régulièrement des conséquences très graves en raison des effets secondaires notamment. Une inondation très localisée ou présentant un niveau d'eau relativement limité peut entraîner des dommages de grande ampleur, plus spécialement l'interruption ou la destruction des voies de communication (routes, chemins de fer, etc.) ou la perte de l'infrastructure et de l'environnement (économie, approvisionnement, cultures, etc.).

 

2. Mesures de prévention et de précaution

Contrairement à d'autres phénomènes naturels (mouvements de terrain) ou à l'origine de certaines inondations (intempéries, tsunamis), les risques de crues des cours d'eau sont prévisibles dans leur intensité, mais il est difficile de connaître le moment où elles surviendront. Il est dès lors possible de déterminer les territoires menacés par l'inondation. Cette règle vaut par ailleurs pour les barrages hydrauliques, dont les conséquences d'une rupture ou d'un déborde¬ment peuvent être calculées en considération du volume d'eau retenue, de la dénivellation et de la topographie de la vallée, ainsi que des capacités d'absorption des cours d'eau situés en aval.
Les mesures de prévention et de précaution à long terme consisteront essentiellement dans l'aménagement des zones menacées, par la mise en vigueur d'une législation exigeant l'appréciation systématique des dangers naturels potentiels, puis d'en tenir compte lors de la délimitation des secteurs constructibles et lors de l'octroi des permis de construire. Ces mesures préventives seront autant que possible complétées par une obligation de boisement et d'entre¬tien des forêts et de la végétation, ainsi que par l'aménagement des cours d'eau en altitude. A cet effet, on ne peut que recommander la mise en œuvre d'un Institut hydrologique et géologique national chargé de l'étude de ces problèmes et de la coordination des mesures de prévention dans ce domaine.
Sur le plan communautaire, les mesures générales de prévention peuvent être résumées comme il suit:
- Observation permanente du risque d'inondation (mise en place d'un réseau de mesure du niveau des cours d'eau);
- Organisation d'une ou plusieurs centrales d'information et d'alarme-eau à l'intention de la population, notamment en ce qui concerne les barrages hydrauliques de grande capacité;
- Détermination des interdictions de construire, de séjour ou de circuler dans les zones menacées et mise en œuvre de systèmes de protection spécifiques (p. ex. : signaux d'alarme);
- Édification de constructions et d'aménagements destinés à éviter ou limiter les inondations, ainsi que protéger la population;
- Planification de l'évacuation des populations éventuellement menacées et information sur les règles de comportement en cas d'inondation;
- Constitution d'organes de conduite et de moyens d'intervention bien équipés et instruits;
- Abaissement préventif des retenues d'eau des barrages hydrauliques et augmentation du débit des cours d'eau (écluses).

 

3. Mesures d'intervention et de secours

Dès la constatation d'un danger majeur d'inondation, après appréciation de la gravité de la situation et des causes de l'événement, les autorités locales, régionales ou nationales décident des mesures de protection dictées par l'évolution probable. Il leur appartient de mettre en œuvre les mesures de précaution ou de protection planifiées, notamment: service d'alerte et d'alarme, bouclage du secteur menacé, information de la population sur le comportement à tenir, éventuellement ordonner l'évacuation de tout ou partie des habitants, des animaux domestiques et des biens culturels et des valeurs hors de la zone potentielle d'inondation.
La gestion des mesures de protection, de recherche, de sauvetage et d'assistance (approvisionnement, secours médicaux, évacuation) incombe aux autorités politiques et à leurs organes de conduite qui assurent l'engagement coordonné des moyens d'intervention civils et militaires. Autant que possible, la collaboration sera recherchée avec les responsables de la sécurité des entreprises, les organisations de secours des communes voisines et les équipes de secours et d'aide d'urgence transfrontalières.
Si les moyens nationaux se révèlent manifestement insuffisants, notamment en matière de protection de l'environnement (pollution par hydrocarbures ou produits toxiques), le gouvernement de l'Etat sinistré peut faire appel à l'aide internationale d'urgence en s'adressant au Département de l'aide humanitaire des Nations Unies (UNDHA).

 

4. Principes de comportement de la population

4.1 Lors d'un danger potentiel d'inondation

- Eviter autant que possible de vivre dans une zone inondable;

- Se conformer aux prescriptions concernant l'aménagement du territoire et la protection de l'environnement, plus particulièrement en matière d'interdictions de construire et des mesures techniques de sécurité visant les installations, substances et déchets susceptibles de causer de graves dommages à l'homme et à l'environnement en cas de catastrophe;

- Déterminer les niveaux supérieurs atteints par les inondations précédentes ainsi que la rapidité de montée des eaux. S'informer des mesures de protection ponctuelles à prendre, plus particulièrement se conformer aux prescriptions spécifiques de construction des immeubles et des installations;

- Connaître les signaux d'alarme et les modalités de comportement, notamment les zones et cheminements d'évacuation;

- Disposer en permanence d'un bagage de secours pour la famille et de réserves d'approvisionnement pour la durée probable de la situation de nécessité;

- Planifier les travaux de renforcement de l'immeuble et des bâtiments annexes, ainsi que pour la protection des installations vitales en cas d'inondation (électricité, gaz, eau, chauffage, évacuation des eaux usées, etc.);

- Aménager l'installation intérieure de l'habitation en tenant compte des risques d'inondation, plus particulièrement en disposant le mobilier et les biens de valeur ou vulnérables à l'eau aux étages supérieurs, en y conservant des réserves de nourriture, d'eau potable, une radio portative et une lampe de secours (ainsi que les matières polluantes);

- Prévoir une réserve de matériaux utiles en cas d'inondation, p. ex. : briques, plâtre, ciment, sable, sacs de jute ou plastique, tissus, cordes, outillage, etc.


4.2 Pendant la catastrophe

- Garder son calme;

- Alarmer les voisins et aider particulièrement les handicapés, les enfants et les vieillards;

- Se renseigner sur le danger et son évolution, écouter la radio, mais ne pas utiliser inutile¬ment le téléphone (ne pas surcharger le réseau);

- Couper l'électricité, le gaz et le chauffage central ; si le temps est suffisant, transporter les objets de valeur ou délicats, ainsi que les produits polluants aux étages supérieurs, dans la partie la plus résistante de l'immeuble;

- Exécuter les mesures planifiées pour la protection ponctuelle des personnes et de l'environnement (si possible, dés entraver et libérer le bétail enfermé dans les étables);

- S'il faut quitter son domicile, fermer le logement à clé et gagner à pied la zone d'évacuation par le cheminement prescrit par l'autorité (spécialement en cas de rupture de barrage hydraulique);

- N'emporter que le strict nécessaire (bagage de secours, papiers d'identité et personnels, médicaments);

- Ne traverser ni à pied, ni en voiture les zones inondées. Au besoin, s'assurer par des mains- courantes (cordes, câbles);

- Collaborer avec les organes officiels de sauvetage ainsi qu'avec les services d'assistance aux sans-abris.


4.3 Après l'inondation

- Rester calme (lutter contre la panique);

- Vérifier s'il y a des blessés dans le voisinage et si possible leur porter secours;

- Ecouter la radio, mais ne pas se servir inutilement du téléphone;

- Collaborer avec les organes officiels de sauvetage et les services d'assistance aux personnes sinistrées;

- Collaborer à l'identification des cadavres;

- Se mettre à disposition pour collaborer aux travaux de réhabilitation.