Rencontre avec Mme Mariatou Yap, Secrétaire Général de l’OIPC

Avalanches

L’Organisation qui va fêter ses 90 ans cette année vient d’élire une nouvelle Secrétaire -Générale. Jusqu’au présent, la protection civile a été un domaine plutôt masculin, et c’est pourquoi on était curieuse d’apprendre un peu plus sur cette femme exceptionnelle qui va mettre la protection civile sur le devant de la scène. Hautement qualifiée, elle nous a accueillies chaleureusement. Nous sommes sûres qu’elle pourra contribuer de manière importante à changer la perception de ce domaine. Laissons donc la parole à Madame Mariatou Yap.

Tout d’abord, je tiens à vous féliciter, Madame la Secrétaire Générale, vous venez d’être élue au poste de secrétaire générale. Pourriez-vous nous parler un peu de votre parcours ?

Merci Madame Fosse pour vos encouragements. Effectivement, il y a quelques mois que j’ai été élue Secrétaire générale de l’OIPC ou Organisation Internationale de Protection Civile. C’est une sorte de couronnement d’une longue et riche carrière professionnelle.

Enseignante des sciences biologiques et géologiques, j’ai encadré des jeunes âmes au Cameroun pendant près d’une quinzaine d’années avant de déposer mes valises au Ministère de l’Administration Territoriale d’où j’ai servi pour la protection civile jusqu’à mon arrivée à la tête du Secrétariat permanent de cette Organisation au mois d’octobre 2020. Pendant la vingtaine d’années passées à la protection civile du Cameroun, j’ai pu faire valoir le « savoir être » de mes acquis académiques, à toutes les fonctions que j’y ai occupées.

En effet, les risques étant pour la plupart d’origines naturelles, les sciences de la nature sont indispensables à leur connaissance voire à la planification des réponses y relatives. Parallèlement à mes activités au niveau national, j’ai côtoyé activement des instances internationales, telles que des agences du système des Nations Unies et l’OIPC ; j’en suis sortie nantie de beaucoup d’expériences.

Au niveau des Nations Unies, j’ai été Point Focal de UNDRR (United Nations Office for Disaster Risk Reduction) ainsi que de UNSPIDER (United Nations Platform for Spacebased Information for Disaster Management and Emergency Response).

D’autre part, j’ai participé à plusieurs rencontres de l’OIPC, aussi bien des Commissions consultatives, du Conseil exécutif que de l’Assemblée générale dont j’ai occupé le poste de vice-président durant deux années. Il ne serait pas superflu de rappeler que l’OIPC est une Organisation intergouvernementale dont l’objectif est de contribuer au développement des systèmes nationaux en vue d’assurer la protection et l’assistance des populations, ainsi qu’a sauvegarder les biens contre les risques de catastrophes d’origines naturelles ou humaines.

Vous êtes à la tête d’une organisation qui célèbre ses 90 ans cette année. Comment envisagez-vous de marquer cet anniversaire ?

L’OIPC est sortie des fonds baptismaux en 1931 à Paris, grâce à un grand homme, visionnaire, le Général chirurgien Georges Saint Paul. L’année 2021 marque sa quatre-vingt dixièmes années d’existence. Tout au long de son existence, cette Organisation a fait face à plusieurs défis dus aux mutations socio-culturelles et climatiques dont les conséquences majeures sont entre autres la recrudescence des catastrophes et risques, dont certains sont émergents. Afin de toujours mener à bien ses missions, l’OIPC est passée d’une Association, l’Association des Lieux de Genève, fondée pour la protection des civiles et des monuments culturels contre les effets de la guerre, à une Organisation Non Gouvernementale (ONG) en 1958 et puis une Organisation Intergouvernementale (OI) en 1972, avec des missions étendues aux catastrophes d’origines naturelles ou humaines. 1972, notamment le 1er mars marque surtout l’entrée en vigueur de sa Constitution.

L’OIPC compte célébrer cet événement, sous réserve de l’amélioration rapide des conditions sanitaires, en organisant une conférence internationale de protection civile sur le thème « Protection Civile et défis du monde actuel ». Cette conférence permettrait à l’OIPC de mesurer ses limites afin de mieux se projeter dans l’avenir.

Peu de personnes se rendent compte de l’importance de la protection civile. Comment faut-il remédier à cette situation ?

Vous mettez le doigt dans la plaie. Effectivement, la protection civile, comme thématique dont la matière est prévisionnelle, a du mal à faire approprier ses préceptes par ses cibles qui sont à la fois les populations et les décideurs. Les populations, surtout des pays en voie de développement, ont du mal à s’accommoder des mesures de réduction des risques de catastrophes. Au demeurant, des mesures qui semblent contraignantes dans un environnement où la société devance les pouvoirs publics et où les politiques courent après les catastrophes plutôt que d’anticiper sur les risques par la planification et le respect des mesures planifiées. L’une des solutions passe indubitablement par l’éducation des plus jeunes pour une appropriation durable des notions de protection civile.

Lorsqu’on parle de la protection civile, c’est un domaine plutôt masculin. Comment faut-il faire pour encourager les jeunes, et en particulier les jeunes femmes, à aller vers ces métiers ?

Cette affirmation tient lorsque l’on n’a qu’une perception partielle de la protection civile à savoir l’intervention, autrement dit les recherches, sauvetage et secours. Au regard de la considération globale de la thématique, la partie essentielle qui couvre la prévention et la préparation sied bien à la condition féminine encore que de nos jours il n’y a plus de barrière professionnelle due au sexe.

L’OIPC, dans ses activités, ne fait pas de différenciation des sexes car ce qui compte avant tout, c’est le savoir-faire et l’expérience que chacun peut apporter dans l’exercice de ses fonctions.

Quel sont les changements que vous souhaitez apporter à l’organisation ?

Je ne prétendrai pas apporter un changement, mais tout simplement poursuivre le travail des prédécesseurs dans le strict respect des objectifs de l’Organisation, tracés par les différentes décisions de l’Assemblée générale. Le cap étant de marquer la présence de l’OIPC aux côtés de ses membres et de faire connaître davantage l’Organisation et de valoriser son image à travers ses œuvres.

Finalement, Madame la Secrétaire Générale, où souhaiteriez-vous voir l’organisation d’ici cinq ans ?

D’ici à là, nous planifions une augmentation du nombre de pays membres et d’actions de développement des structures nationales de protection civile. Des actions concrètes pour des interventions plus rapides au sein de communautés plus résilientes. Par ailleurs, l’OIPC, en tant qu’organisation fédératrice des structures nationales œuvrera pour le renforcement de la collaboration et la solidarité entre les Délégués des Etats membres. Il faut le dire pour finir, cette Organisation entretient des liens étroits avec les structures nationales de protection civile dont elle est à l’écoute au quotidien.